#Test Vinyle : UHQR Miles Davis Kind of Blue 45rpm, Le Graal audiophile
- Jean-Philippe Burgos

- 27 janv.
- 5 min de lecture

Monument du jazz enregistré en 1959, Kind of Blue de Miles Davis trouve dans l'édition UHQR d'Analogue Productions sa restitution la plus aboutie. Masterisé en analogique par Bernie Grundman à partir des bandes Master 3 pistes originales et pressé en double 45 tours sur vinyle Clarity V2, ce disque d'exception révèle une présence quasi physique et une définition des timbres qui font littéralement redécouvrir ce chef-d'œuvre.
Test d'un pressage qui repousse les limites de ce que le vinyle peut offrir.
UHQR : Le retour d'une légende
Au début des années 1980, l'usine japonaise JVC créait l'UHQR (Ultra High Quality Record), un vinyle d'exception dont seule une dizaine d'exemplaires furent produits, principalement pour Mobile Fidelity.
À l'époque, produire un UHQR coûtait 4,50 $ quand un pressage standard ne dépassait pas 1 $. Vendus 50 $ l'unité, ces disques mythiques représentaient un investissement considérable pour les audiophiles avertis.
Aujourd'hui, ces originaux figurent parmi les vinyles les plus recherchés et atteignent des prix vertigineux sur le marché de la collection.
Chad Kassem, perfectionniste reconnu et fondateur de Quality Record Pressings, a décidé de ressusciter cette appellation légendaire. Non par simple nostalgie, mais pour y apporter des innovations techniques qui dépassent largement l'original japonais. Son ambition ?
Créer le vinyle ultime en investissant massivement dans ce qui deviendrait la meilleure usine de pressage au monde. Un pari audacieux que les résultats justifient amplement.
L'innovation au cœur du processus
L'UHQR dispose d'un profil "plat", hérité des originaux JVC : la surface du disque reste parfaitement plane du sillon d'entrée au centre, permettant au diamant de rester perpendiculaire sur toute la lecture. Cette géométrie optimale améliore considérablement le suivi de sillon et l'extraction d'information.

La galvanoplastie constitue l'autre clé de voûte. Les laques sont plaquées dans les heures suivant leur arrivée, avec une tension continue réduite et une tête rotative spéciale qui dépose un nickel à grains ultra-fins. Plus le grain est fin sur le stamper, plus le pressage final sera silencieux. L'atelier QRP dispose de 16 postes équipés de bacs Europa Film aux tolérances les plus serrées de l'industrie.

Les stampers sont ensuite préparés sur des machines Sibert Instruments, habituellement réservées à l'industrie du Blu-ray. Le module de finition VSF remplace le ponçage manuel traditionnel par un processus automatisé qui élimine tout risque d'irrégularité.
Le module de poinçonnage VSP assure un centrage optique précis au micron près (2 microns de concentricité), garantissant une cohérence parfaite d'un stamper à l'autre.

Le vinyle Clarity V2 : la matière première réinventée
Exit le noir de carbone traditionnel. La formulation Clarity V2, héritée du rachat de Classic Records, arbore une teinte blanc cassé caractéristique.
Cette élimination du pigment noir n'est pas qu'esthétique : elle réduit les interférences physiques avec le diamant et abaisse le bruit de fond de manière mesurable.
Peter Ledermann, président de Soundsmith Corporation, a comparé cette formulation à un vinyle standard dans son laboratoire, utilisant des cellules à jauge de contrainte ultra-silencieuses et des analyseurs de spectre de référence. Verdict : 2 dB de bruit en moins dans la plage critique des 4-20 kHz, une différence confirmée tant par les mesures que par l'écoute.
Chaque disque est ensuite inspecté individuellement avant d'être glissé dans son somptueux coffret rigide à texture mate, dos en baguette de bois et lettrage doré, puis protégé dans une pochette Stoughton tip-on, référence absolue en matière de packaging vinyle depuis 1954.
Des éditions de référence
Parmi les titres disponibles en UHQR, certains s'imposent comme des incontournables. Kind of Blue de Miles Davis tout d'abord, ce monument du jazz enregistré en 1959. Disponible en double 45 tours, cette version permet un espacement optimal des sillons sur chaque face, offrant une dynamique et une présence encore accrues.
*** Kind Of Blue *** Miles Davis -
À l’écoute de l’UHQR Kind of Blue d’Analogue Productions en 45 tours, la sensation de présence est immédiate, presque physique.

Le studio Columbia à New York, installé dans une ancienne église orthodoxe, offre une réverbération naturelle liée à sa hauteur sous plafond, distinctement perceptible dans cet enregistrement.
La session démarre avec Freddie Freeloader, ce blues pour lequel Miles avait décidé de solliciter Wynton Kelly et ses block-chords qui sonnent mieux que jamais dans cette version. La batterie de Jimmy Cobb est restituée avec une précision remarquable : chaque fût est facilement identifiable, la caisse claire claque avec naturel, la ride file sans agressivité, dessinant un tempo souple et vivant.
L'intervention de chaque soliste est d'une clarté transparente et on se laisse transporter par l'élégance, la variété et la puissance du discours musical.

So What : la contrebasse de Paul Chambers impose son autorité naturelle, chaque note pleine et charpentée formant un socle rythmique solide sans jamais alourdir le propos. Le piano de Bill Evans rayonne d'une brillance délicate, jamais ostentatoire, avec une sensation d'espace remarquable où l'instrument respire librement et où les silences portent autant de sens que les notes.

Puis vient Blue in Green, moment de suspension absolue, où le timing semble littéralement suspendu aux notes de Miles Davis et aux touches feutrées du piano de Bill Evans.
Les réverbérations délicates du lieu d’enregistrement laissent deviner l’espace, tandis que les "phrasés" souples et déliés de Coltrane s’inscrivent dans l’air avec un caractère lumineux, chaleureux et profondément humains.
All Blues : Une face complète à ce blues modal en 6/8, d'une fluidité saisissante. La sourdine de Miles émerge avec une douceur veloutée, le saxophone de Coltrane dialogue avec une présence charnelle. Les balais de Jimmy Cobb et les cymbales scintillent sans agresser, la contrebasse de Paul Chambers pulse avec rondeur et profondeur. La large scène sonore se déploie en profondeur et en largeur avec une linéarité vraiment exemplaire.
Flamenco Sketches atteint le point d'orgue émotionnel. Sur cette magnifique composition de Bill Evans imprégnée des influences du travail de Miles avec Gil Evans pour "Sketches of Spain". Le piano instaure un climat intimiste d'une délicatesse infinie, la trompette de Miles se fait confidence murmurée. cette édition révèle des détails de timbre jusqu'alors enfouis.
Au final, Le gain apporté par la technologie et le soin mis en œuvre est indéniable : il s'agit de la meilleure version sur support physique, ultra silencieuse , bruits de surface quasi absents avec une présence et une dimension sonore incroyable. Le respect de toute la chaîne analogique, nous rapproche vraiment au plus près de l'événement original.
A découvrir également :

Aja et Gaucho de Steely Dan, ces chefs-d'œuvre de production des années 70 signés Gary Katz, sont également proposés en format 45 tours.
Tout comme le monument Kind Of Blue, ce choix n'est pas anodin : la vitesse de rotation plus élevée permet une gravure plus ample des sillons, révélant dans ces pressages une spatialisation et une définition des timbres qui font littéralement redécouvrir ces albums pourtant maintes fois écoutés.

Des tests complets à venir prochainement.
L'avantage du 45 tours réside dans cette physique simple : plus la vitesse est élevée, plus les sillons sont espacés, plus la cellule peut extraire d'informations sans compromettre la dynamique. Certes, cela implique de changer de face plus souvent, mais l'audiophile y gagne un saut qualitatif immédiatement perceptible.
Le prix de l'excellence
Un tel niveau d'exigence a évidemment un coût qui peut rebuter. Mais pour l'audiophile en quête d'absolu, conscient que le support conditionne la restitution finale, l'UHQR représente aujourd'hui l'aboutissement de ce qui se fait en matière de pressage vinyle. Un investissement certes conséquent, mais qui garantit des décennies d'écoute dans les meilleures conditions, avec une durabilité et une constance sonore qui justifient amplement la dépense initiale.
Avec l'UHQR, Quality Record Pressings démontre qu'en 2026, loin d'être un support nostalgique figé dans le passé, le vinyle continue d'évoluer, de se perfectionner et de repousser ses propres limites.
Une leçon d'exigence et de passion qui force le respect.
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