Lockwood : la mémoire des studios à l'écoute chez Ana Mighty Sound

Dernière mise à jour : il y a 16 heures

Une soirée parisienne pour découvrir trois enceintes signées par un constructeur britannique dont l'histoire est étroitement liée à celle de la musique enregistrée.

Il y a des marques que l'on découvre à travers une fiche technique.
Et puis il y a celles dont le nom appartient déjà à l'histoire de la musique.
Lockwood fait partie de cette seconde catégorie.

Ce qui surprend pourtant, c'est sa relative discrétion auprès du public, au regard de son importance dans le monde professionnel.
Fondée en 1930 par Stanley Timms (1909-1978), la maison développe depuis près d'un siècle des enceintes destinées à reproduire la musique avec naturel et fidélité.

Les Beatles, Pink Floyd, Led Zeppelin, The Who ou les Rolling Stones figurent parmi les artistes associés à son histoire.

Le constructeur revendique également une présence dans certains des studios les plus emblématiques de l'histoire britannique : Abbey Road, Olympic, Trident, Decca, Island, Wessex, Chateau d'Herouville ou encore le Rolling Stones Mobile Studio.

C'est cette histoire que François Saint-Gérand, chez Ana Mighty Sound, nous proposait de découvrir vendredi 4 septembre 2026, en présence de deux représentants de Lockwood : Danny Timms ( CEO de Lockwood) et Paul O'Farrell Stevens. Au programme : trois modèles, Mini, Stanley 2 et Major, et surtout plusieurs heures d'écoute.

Une philosophie née dans les studios
Pour Lockwood, une bonne enceinte doit avant tout introduire le moins de distorsion possible, conserver une réponse en fréquence homogène et reproduire le grave sans emphase. Mais le constructeur accorde une importance particulière au médium, registre auquel l'oreille est particulièrement sensible. Le coffret et son association avec le haut-parleur jouent également un rôle essentiel dans cette recherche de naturel.

Cette philosophie se retrouve dans la conception des modèles écoutés ce soir-là, tous basés sur une approche point-source qui vise notamment à préserver la cohérence de la restitution.

Elle n'a toutefois pas toujours reposé sur des haut-parleurs conçus en interne.
Entre les années 1950 et 1980, Lockwood équipait ses coffrets de transducteurs signés Tannoy, mais aussi Altec, Vitavox, Celestion ou JBL, en adaptant chaque fois l'accord du coffret au haut-parleur choisi. Le client final pouvait ainsi spécifier le type d'équipement, Lockwood assurant la fabrication de l'enceinte complète.
Lockwood Mini : la cohérence avant tout

C'est avec la Lockwood Mini que l'écoute commence. Cette enceinte compacte utilise un haut-parleur de 10 pouces (29,5 cm) Lockwood Green HPD/SL à technologie coaxiale, installé dans une charge à baffle infini.
Sur But Not for Me de Kenny Burrell, la guitare affiche une belle matière, on perçoit très précisément les caractéristiques acoustiques de sa Gibson L5, un son chaleureux qui m’interpelle;-)

Avec Kings of Convenience et Quiet Is the New Loud, les voix et les guitares conservent leur intimité. La Mini se montre précise sans pour autant devenir analytique.

The Other Side de Seu Jorge apporte davantage de densité et de rythme. Puis Nothing Really Matters de Kruder & Dorfmeister montre que le 10 pouces sait également descendre dans le grave tout en conservant une bonne lisibilité de la pulsation.

Une écoute de Dr. Robert des Beatles, depuis une bande analogique, confirme cette capacité à restituer la texture et le caractère organique d'un enregistrement.

Enfin, le piano d'Alexandre Malofeev dans Forgotten Melodies 1 met en évidence la continuité entre l'attaque des notes, leur matière et leur extinction.
La Mini possède surtout une qualité rare : elle donne envie d'écouter encore un autre morceau.
Lockwood Universal Stanley 2 : le groove et l'espace


La Universal Stanley 2 change d'échelle. Plus haute et conçue pour apporter davantage de profondeur et de niveau sonore, elle dispose d'un transducteur coaxial de 5 pouces (12,7cm), elle conserve l'approche point-source chère à Lockwood, la charge et la taille du coffret amplifiant ici la sensation d'espace par rapport à la Mini.

Avec Bubbles de Yosi Horikawa, la spatialisation devient immédiatement précise. Les différents événements sonores semblent se détacher complètement des enceintes autour de la position d’écoute.

Sur Amused to Death de Roger Waters, écouté en proximité, le fameux QSound constitue un véritable exercice de spatialisation. Les effets se déploient largement autour de l'auditeur, comme la présence d’un chien très loin en dehors de notre bulle sonore.

Puis I Have Seen des Peddlers change complètement d'ambiance. Ici, c'est le groove qui s'impose. La voix, traitée par les effets du studio, s'intègre à une rythmique particulièrement riche et funky, tandis que l'orchestre du London Philharmonic apporte une dimension supplémentaire à ce titre. Malgré la richesse de l'arrangement, chaque élément conserve sa place, même si l'ensemble demande un niveau d'écoute soutenu pour révéler pleinement cette cohérence. Ca sera un test idéal pour passer à la majorité.
Major : changement de dimension

Avec la Major, on entre dans une autre catégorie. Son imposant haut-parleur coaxial de 15 pouces (38,5 cm) et sa sensibilité élevée lui permettent de remplir l'espace avec une tout autre autorité. Ce modèle à pour origine une conception initiale datant des années 1960.
Sur Seu Jorge, la voix conserve sa présence tout en gagnant en ampleur. Mais c'est avec Black Sabbath que la Major révèle véritablement son potentiel.
Batterie physique, guitares électriques épaisses, basse solide : le message devient immédiatement plus physique. Pourtant, l'impression dominante n'est pas celle de la puissance brute, mais de l'aisance. Les écarts dynamiques sont reproduits sans tension, avec une réserve qui rappelle clairement l'univers des grands moniteurs professionnels.
Trois enceintes, une même philosophie
Cette soirée permet finalement de distinguer trois personnalités.
La Mini séduit par sa cohérence, son naturel et sa facilité à faire oublier l'enceinte. La Stanley 2 ajoute une véritable dimension spatiale et une remarquable capacité à restituer le rythme et les arrangements complexes. La Major, enfin, apporte l'ampleur, la dimension physique et l'autorité.
Trois approches, mais une même philosophie : ne pas fabriquer un son, mais laisser l'enregistrement s'exprimer.
Et c'est probablement ce qui rend cette découverte aussi intéressante. Derrière une marque encore relativement confidentielle dans l'univers audiophile se cache une véritable page de l'histoire des studios et de la musique enregistrée.
Lockwood continue aujourd'hui de fabriquer ses enceintes au Royaume-Uni, avec une production réalisée en interne et l'intervention d'artisans et de fabricants spécialisés britanniques.
Lockwood désormais en France

Cette rencontre a également permis de découvrir qu'Ana Mighty Sound assure désormais la distribution française de Lockwood. Une présence qui devrait permettre aux audiophiles français de découvrir ces enceintes dans de véritables conditions d'écoute.
Car chez Lockwood, le passé n'est pas simplement exposé dans une vitrine.
Il continue de jouer. " A Sound To Remember "
plus d'infos : https://www.anamightysound.com/fr


