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John Scofield, l'art de la conversation à la guitare.

Photo du rédacteur: Jean-Philippe Burgos
Jean-Philippe Burgos
18 août
4 min de lecture

Il suffit de quelques mesures pour reconnaître John Scofield. Un phrasé anguleux, un sens du blues omniprésent, des dissonances parfaitement maîtrisées et ce swing légèrement en arrière du temps qui rendent son jeu immédiatement identifiable.


Depuis près d'un demi-siècle, le guitariste américain s'impose comme l'une des figures majeures du jazz contemporain. De ses débuts avec Gerry Mulligan, Chet Baker, il à rencontré Billy Cobbham, Georges Duke, Charlie Mingus, Gary Burton puis Miles davis en 1982, Chick Corea, Herbie Hancock, Jim Hall, Joe Henderson, Pat Metheny, etc..


©Sophie Le Roux -  John Scofield au New Morning  26/07/93
©Sophie Le Roux - John Scofield au New Morning 26/07/93

J'ai eu la surprise de découvrir un passionant documentaire : Inside John Scofield, de Joerg Steineck. Disponible en DVD en streaming ou en téléchargement, il révèle un artiste bien éloigné de l'image du virtuose démonstratif. On y découvre un musicien humble, passionné, convaincu que la musique est avant tout un échange.


Inside Scofield inclus des interviews de :  Pat Metheny, Bill Frisell, Mike Stern, Steve Swallow, Joe Lovano, Phil Lesh, Jon Cleary, Bill Stewart, Bill Evans, Dennis Chambers, Gerald Clayton, Vicente Archer and Pat Murray.


plus d'infos : www.scofilm.com



Àujourd'hui à 74 ans, Scofield ne parle presque jamais de technique. Pour lui, la virtuosité n'a de sens que si elle disparaît derrière l'idée musicale. Chaque concert devient une conversation où l'écoute mutuelle prime sur la performance individuelle.


Avec Combo 66, John Scofield défend une vision collective du jazz où chaque musicien devient acteur du discours musical.
Avec Combo 66, John Scofield défend une vision collective du jazz où chaque musicien devient acteur du discours musical.

Cette philosophie irrigue son quartet actuel, Combo 66, réunissant Gerald Clayton, Vicente Archer et Bill Stewart. Bien qu'il signe une grande partie du répertoire, il refuse toute posture de leader autoritaire. Les compositions servent de point de départ à une improvisation collective où chacun influence le discours des autres.


Cette manière de jouer explique l'impression de spontanéité qui caractérise chacun de ses solos : rien ne semble démonstratif, tout paraît naître dans l'instant.


Depuis les années 1980, cette Ibanez AS200 est devenue une extension de son langage musical.
Depuis les années 1980, cette Ibanez AS200 est devenue une extension de son langage musical.

Cette simplicité se retrouve dans son rapport à l'instrument. Loin de la fascination pour les modèles vintage hors de prix, Scofield rappelle qu'un musicien n'a besoin que d'une guitare fiable, capable de traduire fidèlement son toucher.


Lors d'une tournée japonaise au début des années 1980, Ibanez lui propose une AS200 à l'essai. Le coup de cœur est immédiat : il ne quittera plus l'instrument, délaissant sa Gibson ES-335 pourtant fiable.


Plus qu'un choix esthétique, cette fidélité traduit une conviction profonde : le son est d'abord dans les doigts, dans l'attaque, dans le vibrato et dans l'intention. Une leçon héritée de Jim Hall, Wes Montgomery et surtout de B.B. King, dont il admire cette capacité à faire littéralement chanter la guitare.


Ecoutez Decoy sur Qobuz en hires :


Si son identité musicale s'est forgée dans les clubs new-yorkais, sa carrière prend une dimension internationale lorsqu'il rejoint Miles Davis en 1982. Le trompettiste cherche alors à réinventer son langage en intégrant funk, rock et nouvelles sonorités électriques. Scofield devient rapidement l'une des voix de cette renaissance.



Son jeu nerveux, imprévisible et souvent mordant apporte une tension nouvelle aux albums Star People, Decoy et You're Under Arrest. Miles lui laisse une grande liberté d'expression, convaincu que les meilleurs moments naissent de la prise de risque. Scofield reconnaîtra souvent que cette collaboration lui a appris l'essentiel : jouer moins, écouter davantage et laisser respirer la musique.


Ecoutez "Still Warm" sur Qobuz en hires :


Pour découvrir son univers, plusieurs albums constituent des étapes incontournables. Electric Outlet (1984) marque l'affirmation de son langage personnel, entre jazz moderne et énergie électrique. Deux ans plus tard, Still Warm, produit par Steve Swallow, confirme cette évolution avec l'appui d'une rythmique exceptionnelle emmenée par Darryl Jones et Omar Hakim.


Ecoutez "Time on My Hands" sur Qobuz en hires :


Plus acoustique, Time on My Hands (1990) révèle son sens du dialogue avec Joe Lovano, Charlie Haden et Jack DeJohnette.


©Sophie le Roux - JVC Jazz Festival Paris 02/07/94
©Sophie le Roux - JVC Jazz Festival Paris 02/07/94

Ecoutez le sur Qobuz en hires :

En 1994, I Can See Your House From Here réunit Scofield et Pat Metheny en duo de guitares, deux voix pourtant très différentes, l'une anguleuse et bluesy, l'autre lyrique et aérienne, qui trouvent un terrain d'entente dans une écoute mutuelle exigeante.


Ecoutez "A Gogo" sur Qobuz en hires :



En 1998, A Go Go, enregistré avec Medeski Martin & Wood, devient une référence du jazz-funk contemporain grâce à un groove irrésistible.



Ecoutez "Swallow Tales" sur Qobuz en hires :



Enfin, Swallow Tales (2020) témoigne d'une maturité artistique remarquable en rendant hommage aux compositions de Steve Swallow dans un climat d'une rare délicatesse.


Pour l'audiophile, ces albums constituent également d'excellents supports d'écoute. Still Warm impressionne par l'énergie de sa dynamique et la précision de sa section rythmique. Time on My Hands séduit par la richesse des timbres et la profondeur de sa scène sonore, tandis que A Go Go permet d'évaluer la cohérence rythmique d'un système haute fidélité. I Can See Your House From Here, par son format guitare-guitare quasi dépouillé, met à nu la moindre nuance de timbre et de placement rythmique, un excellent révélateur de précision. Quant à Swallow Tales, sa prise de son très naturelle met immédiatement en évidence la transparence d'une installation et sa capacité à restituer les plus infimes nuances.


Premier portrait de cette nouvelle série GuideAudioPassion, John Scofield rappelle qu'au-delà des instruments, des technologies et des performances, le jazz demeure avant tout une histoire d'écoute et d'échanges. Une conversation permanente entre les musiciens, mais aussi entre l'œuvre et celui qui prend le temps de l'écouter.


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